On devrait aspirer à travailler moins – The Guardian

Global Economy

Le travail prend trop de temps dans nos vies. Pour les prochaines générations, il en prendra encore plus. En 2020, l’âge légal de la retraite sera de 66 ans, et d’après certains experts les enfants qui naissent aujourd’hui devront attendre d’avoir plus de 70 ans. C’est une conséquence inévitable de l’augmentation de l’espérance de vie.

Bizarrement, on aurait pu espérer que les progrès technologiques nous donneraient plus de temps libre et d’années de loisirs. Mais les choses sont bien différentes. D’après une étude anglaise, les salariés de la classe moyenne devraient travailler jusqu’à l’âge de 77 ans (et même jusqu’à 81 ans dans certaines régions de l’Angleterre) pour pouvoir profiter de leur retraite à l’équivalence de leurs parents.

Peut-on endurer soixante années de travail et pendant tout ce temps être salarié d’un employeur, limité dans ses libertés personnelles ? Imaginez-vous arriver à 60 ans et réaliser qu’il vous reste encore 20 années de travail devant vous. Nous devrions aspirer à une vie plus balancée et profiter d’une retraite méritée à un âge convenable pour voyager, faire du babysitting des petits-enfants ou passer du temps en famille.

De toute façon, nous travaillons déjà trop et ce n’est malheureusement pas bon pour notre santé physique et mentale. Cela ne surprendra personne que plus d’un million de jours de travail sont perdus au stress, à la dépression et à l’anxiété. Et bien d’autres souffrent en silence, alors que le temps de travail pourrait être remplacé par des activités plus intéressantes comme apprendre une nouvelle langue, une nouvelle passion, se cultiver ou bien tout simplement se reposer.

Doit-on se résigner à un futur de labeur qui dévorera le bel âge ? Nous devrions au contraire nous préparer à un monde où l’on travaillera moins. C’est exactement ce que Nick Srnicek et Alex Williams dans leur livre Inventing the Future nous disent de faire. Il faut construire une société où nos vies ne sont plus centrées sur le travail, car celui-ci représente la perte de notre autonomie sous le contrôle d’employeurs et de chefs. Nous passons un tiers de nos vies d’adultes en soumission. L’alternative n’est pas la fainéantise : lire un livre ou jouer à un sport n’est pas sans effort, mais nous sommes libres d’y participer. En travaillant moins, nos vies nous appartiennent plus.

Auparavant, il était admis que le progrès et le fait de travailler moins allaient de pair. À la sortie de la grande crise de 1929, John Maynard Keynes expliquait que nous travaillerons seulement 15 heures par semaine, 28 heures de moins qu’un salarié d’aujourd’hui. On pensait que les avancées technologiques réduiraient le besoin de travail humain. En fait, ces avancées créent de nouveaux emplois (estimé à plus de 1500 sortes d’emplois juste pour le secteur de l’informatique).

Le monde occidental d’après-guerre profitait du plein-emploi, une époque bien révolue. Aujourd’hui, non seulement les taux de chômage et d’inactivité sont très importants, mais le travail est devenu de plus en plus précaire avec des contrats courts ou des temps partiels. Comme Srnicek et Williams l’explique, avoir un nombre important de gens sans la sécurité de travail permet de contrôler les salariés existants. Cette tendance devrait encore s’amplifier.

Des recherches montrent que dans les 20 prochaines années 60 % des emplois dans la vente seront automatisés par la robotisation. La technologie détruit plus de travail qu’elle n’en crée. Mais ces prévisions alarmistes sont aussi des signes d’opportunités.

Longtemps, la gauche a arrêté de penser comment construire une société différente. Mais nous savons le futur qui nous attend. Les horreurs du totalitarisme Stalinien ont été grandement préjudiciables au changement. La droite, forte du modèle capitaliste mondialisé, a limité l’intervention des gouvernements et a empêché d’imaginer une nouvelle société plus équitable.

Il est donc intéressant d’entendre des alternatives. Au lieu de penser les robots comme une menace existentielle, demandons une automatisation de l’économie en entier. La richesse serait toujours produite, bien que par des robots, mais nous serions libérés de “la corvée du travail”. Pour que cela réussisse, il faudra que l’on redéfinisse entièrement le système social. Le revenu de base pour chaque citoyen d’un pays devra être introduit. Cette idée est déjà en train d’apparaître dans certains partis politiques.

Nous avons le choix entre une société où le travail deviendra de plus en plus dominant malgré sa précarité et où certains travailleront jusqu’à en mourir et une société où nous pouvons nous réaliser entièrement avec plus de temps pour la famille, les divertissements et les plaisirs. Je choisirai la deuxième.

Source : The Guardian