La crypto-anarchie et Bitcoin

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La crypto-anarchie n’est pas une idéologie utopique folle, mais une idée viable qui est en train de se réaliser aujourd’hui juste devant nos yeux. L’Internet et Bitcoin vont permettre de résoudre d’une manière nouvelle certaines problématiques sociales. Au lieu de la loi du plus fort pour dominer les autres, nous pouvons créer une société pacifique où les riches et pauvres, forts et faibles peuvent protéger sur un même pied d’égalité leurs propriétés privées et leurs libertés sans la coercition des institutions gouvernementales.

Mais d’abord commençons par un peu d’histoire.

Le mouvement cypherpunk a démarré en 1992 sous la forme d’une mailing-list. En 1993, Eric Hughes publie le “Manifeste du Cypherpunk“. En 1994, Timithy C. May écrit la FAQ du Cypherpunk [en].  En voici un extrait traduit :

2.3. Quelle est l’idée générale ?

La cryptographie forte existe et est largement disponible. Cela implique de nombreux changements dans la façon dont le monde fonctionne. Il est possible aujourd’hui d’établir des canaux d’échange privés entre des entités qui ne sont jamais rencontrées et ne se rencontreront jamais physiquement. Les communications totalement anonymes et indéchiffrables sont désormais réalisables.

Ces transactions ne peuvent être que volontaires, car les entités sont intraçables et inconnues et peuvent se retirer à n’importe quel moment. Cela a une implication profonde dans l’approche conventionnelle des autorités gouvernementales. En particulier, le chantage à la violence échouera.

Ce qui en émergera est difficile à définir, mais je pense que l’on verra un système de marché anarcho-capitaliste que j’appelle la crypto-anarchie (un système de communications volontaires sans intermédiaires).

En 1998, Wei Dai publie le “b-money”, une manière pratique de valider des accords contractuels entre des acteurs anonymes. Il capture l’essence du mouvement dans cette citation :

Je suis fasciné par la notion de crypto-anarchie de Tim May. À la différence des communautés traditionnellement associées au mot anarchie, dans un système crypto-anarchique le gouvernement n’est pas détruit temporairement, mais interdit et annihilé définitivement. C’est une communauté où la menace de la force est impuissante, car la violence n’est pas possible. En effet, les participants ne peuvent pas être reliés à leur nom et à leurs emplacements physiques.

En 2005, Nick Szabo publie un papier “Bit gold” mentionnant un jeton purement numérique basé sur un algorithme de proof-of-work (preuve par le travail) en reprenant l’idée des serveurs RPOW (“Reusable proof of work”) de Hal Finney. Cette proposition ne mentionne pas de mécanisme d’exécution de contrat, mais Nick Szabo lui-même a proposé plusieurs idées de contrats intelligents dans les années 1990.

À la fin de 2008, Satoshi Nakamoto publie un livre blanc sur Bitcoin.Le 3 janvier 2009, il publie le code et l’aventure du blockchain commence. Bitcoin est l’implémentation du système envisagé par Tim C. May, Wei Dai et Nick Szabo.

La crypto-anarchie peut se réaliser à la condition que les participants restent anonymes. S’il n’y a pas d’indication portant sur l’identité physique des personnes, il ne peut y avoir de recours à la force. Il faut donc que les contrats soient exécutés selon des règles pré-établies entre les différents intervenants. Bitcoin permet d’écrire les règles d’exécution dans les transactions en elles-mêmes et donc elles sont automatiquement appliquées par le réseau en entier.

En pratique, nous ne pouvons pas imaginer être dans de l’anonymat complet. Les êtres humains vivent dans le monde physique et apprécient les choses matérielles. L’anonymat n’est pas aussi simple que de sauvegarder une clé de chiffrage. Elle doit être maintenue par une dissémination minutieuse cachée parmi les actions des autres. Comme les activités sur le réseau sont facilement enregistrables, une simple erreur est suffisante pour se trahir. En d’autres termes, le coût de l’anonymat est plutôt élevé par rapport aux bénéfices. Est-ce que cela veut dire que la crypto-anarchie est une utopie ?

Je pense que c’est loin d’être le cas. Dans un système crypto-anarchique, il faut que le coût de la triche (et donc se résoudre à la coercition) soit bien plus élevé que le coût de finaliser le contrat (réaliser sa promesse). Si cette condition est vraie pour la majorité des interactions dans la société, les individus auront une motivation importante pour se protéger contre les cas restants de triche et donc permettent de rendre le système viable.

Bitcoin augmente le coût de la coercition, et permet de se protéger de la prédation de la monnaie par l’État et les banques centrales. La plupart des États modernes se financent par l’inflation en dépréciant leur masse monétaire par du quantitative easing ou des package de stimilus. Dans une économie basée sur Bitcoin il est mathématiquement impossible de créer de la nouvelle monnaie. Les transactions sont transparentes et sont vérifiées par des milliers d’ordinateurs décentralisés évitant toutes manipulations ou fraudes possibles. Comme elles sont pair-à-pair et qu’il n’y a plus de réseau bancaire centralisé, il sera plus difficile de suivre et de taxer les échanges. De plus, Bitcoin ne peut pas être saisi et les individus pourront se protéger de toute tentative de confiscation.

Avec la disparition des banques centrales, les finances gouvernementales deviendront plus transparentes et les politiciens devront rendre des comptes. Les guerres qui sont financées par la dette disparaîtront alors progressivement.

SourceOleganza